La vile solitude

La froide indifférence d’un œil glauque se perd dans l’anonymat d’un cercueil mobile. Tant de sympathies vont s’enterrer, rongées par les larves solitaires ; l’humain tombe en poussière. Les mains s’accrochent aux barres de secours, mais aucun regard ne se cramponne à autrui, nul sourire ne chasse l’air transi des humeurs cacochymes dans ce transport anonyme. Seul un numéro l’identifie. Les pages de nombreuses existences s’étalent sur les plate-formes roulantes. A l’arrivée l’étoile les ramasse ; aucun nœud ne les unit ; elles brilleront en solitaire et pâliront à l’ombre d’une amitié. L’étoile les pose sur un prochain départ dans l’espoir que les bouches les portent vers elle en offrande dans un assemblage verbal, et elle nouera les pages de maintes vies.

      La ville habille l’homme. La solitude est le costume du citadin. L’artificiel moule le paraître quand la déréliction épouse l’être. L’individu a jeté le haillon solidaire par les fenêtres des cages à lapin. Les gens en chemise de nuit cherchent leur muse dans une cambuse. Dehors la tempête urbaine souffle ; le silence populaire balaie les rues ; l’âme s’endort devant le sortilège. Dieu lui parle à travers une lucarne. Les anachorètes des métropoles vivent dans leur tanière. Se nourrissant de divine lumière, ils professent la foi cathodique.

 

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