La tentation, chemin du plaisir I

La tentation, c’est le parcours d’un plaisir. Il débute dans les limbes de la pensée humaine et aboutit au désir, étape ultime avant l’assouvissement. Le plaisir se sert du corps pour arriver ses fins. Parfois il est satisfait tambour battant. Il arrive cependant que le plaisir fasse halte dans une culpabilité. Il a alors le loisir de s’abandonner aux mains d’une délectation morose ou d’un bonheur éphémère. J’aimerais vous conter ci-après les récits imaginaires de quelques personnes ayant emprunté la route du plaisir en déployant — selon la terminologie judéo-chrétienne — les ailes des péchés capitaux. Aux lecteurs de conclure ces récits dans leur esprit. En tirant une leçon moralisatrice ou de bon sens de ces historiettes, ils les transformeraient en fables; en leur attribuant un hasard capricieux, ils adopteraient la forme de la nouvelle.

Anne, séduite par la gourmandise

Elle s’appelait Anne. Abandonnée dans la rue aux premières heures de sa naissance, Anne était une enfant de l’Assistance. En plus de son malheur, la pauvre n’avait pas été gâtée par Dame Nature. Son visage laid accentuait la disgrâce d’une femme mal de corps et d’esprit. Anne n’obtenait aucun diplôme. A sa majorité, Anne quitta l’Hospice sans un sou dans sa poche. Une camarade la prit en pitié et l’a fit entrer dans la Loterie Nationale. Chaque matin et par tous les temps, Anne s’en allait vers la grande place du village afin d’y planter l’étalage des billets de loterie qu’elle vendait à la criée. Elle rentrait fourbue à la tombée de la nuit. Le plaisir se morfondait dans la vie claustrale de cette misérable jusqu’au jour où une dame bien fagotée se porta acquéreur d’un billet. Chargée d’un grand gâteau, la dame pria Anne de bien vouloir tenir quelques instants l’odorante pâtisserie, le temps qu’elle choisît son numéro. Cela faisait des lustres qu’Anne n’avait pas reniflé le parfum suave de la purée aux marrons, cela faisait des lunes qu’Anne n’avait pas senti l’odeur moelleuse de la crème fraîche. Le plaisir avait atteint la gourmandise d’Anne. La dame remarquait qu’Anne ne décollait pas les yeux du gâteau. Aussi l’invita-t-elle chez elle le soir afin de partager ce dessert en l’honneur de sa filleule qui fêtait son anniversaire. Lorsque Anne porta dans sa bouche la tranche que l’amphitryonne avait découpée, son contentement fut si intense qu’elle rêva d’une richesse où pleuvrait la succulente nourriture. Rentrée chez elle, Anne devint malhonnête et fit main basse sur les billets invendus après les avoir tipés. Elle se rendit à la police et prétendit qu’un voleur l’avait délestée de la recette du jour. La chance était cette fois avec elle. Parmi les dizaines de billets qu’elle avait soustraits se trouvait le gros lot. Femme vernie, ton corps assimilait sans peine la veine d’un destin, mais ton âme, digérait-elle la vilenie ?

 

 

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