Que vaut une fortune économisée face à des personnes déshumanisées ?

Des vieillards repus et unanimes ont pris la décision anonyme d’alléger les charges de l’entreprise même si le profit est en reprise ; des quidams imbus d’eux-mêmes, caciques, ont pris la résolution inique qu’il fallait sabrer les postes de travail sans pitié, dans un très large éventail afin de satisfaire les gens qui ne jurent que par l’argent. Ils déléguèrent cette ignoble besogne à ceux qui provoquent le malheur sans vergogne.

Assis derrière son spacieux bureau, il se sentait fort ce godelureau ; son titre prestigieux le rendait prétentieux ; les œillères du parvenu obstruaient grandement sa vue. Il avait congédié hier une employée qui n’était pas seulement une salariée. Ponctuelle, assidue dans son travail, son labeur ne présentait aucune faille ; souvent on la commettait d’office aux besoins urgents d’autres services.

Élancé, la démarche empesée, notre homme s’était spécialisé dans le licenciement sans état d’âme de certains messieurs et de certaines dames quelques années avant une retraite qu’ils préparaient depuis belle lurette. Se rendaient-ils compte ces âpres au gain, s’apercevait-il cet insolent gandin, que leurs décisions allait ponctionner le revenu de ceux qui ont tant donné. que savaient-ils ces capitalistes ? Appréhendait-il, cet arriviste, le désarroi des quinquagénaires, employés émérites, lunaires, pensant qu’ils seraient récompensés de tous les gros efforts dispensés ; sondaient-ils les pauvres vies intérieures de ces sexagénaires travailleurs, jetés sans mauvaise conscience au rebut, car l’économie encourage ces abus ? Aujourd’hui encore, je leur donne tort car certaines interrogations me mettent en ébullition : quand la vie de l’entreprise n’est pas en jeu, comment peut-on jeter à la rue tous ces vieux ? que vaut une fortune économisée face à des personnes déshumanisées ? Toi, cadre supérieur, imagine que c’est une vie qu’on assassine lorsqu’une lettre de congé va dans la douleur les plonger. Une certaine suffisance met l’égoïsme en présence des associés commanditaires qui l’ont ordonné de se taire.

Patrons, actionnaires, vassaux ordinaires virus envahisseurs, pourfendeurs de vies, vos existences ne me font point envie ; car vous vous développez aux dépens d’autrui mais vous ignorez que le ver est dans le fruit.

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