La rêverie, la roue de secours par les temps qui courent

Si les arbres se mettaient à pleurer une journée happée par le temps, l’homme qui fuit dans les aléas d’un destin, un oiseau volant vers sa subsistance, les feuilles se redresseraient ; elles couvriraient l’arbre de leur limbe, elles leur murmureraient ces mots apaisants : une journée s’habille en d’autres jours, La même âme recouvre d’autres hommes, l’oiseau, affamé ou rassasié, chante l’aube.

Si les artères des villes sanglotaient quand le progrès de l’homme chauffe le goudron dans le tumulte des conduites, sous le vacarme des moteurs bien habillés, la symphonie quitterait le théâtre, les violons pleureraient avec les grandes rues, les instruments à vent enflammeraient l’asphalte, les flûtes susurreraient aux conducteurs : faîtes taire les dissonances, figez-vous sur les harmonies, un orchestre nous conte le chant des Cieux.

Si une bouche aimante nous rendait visite quand la sénescence flirt avec le trépas, quand la douleur erre dans l’abîme d’un corps, quand l’affliction est orpheline de l’amour, un ange naîtrait du ventre de la mort, la chair enfanterait une fée apaisante, Eros surgirait des entrailles d’une peine.

Si la terre s’arrêtait de tourner lorsque l’infamie ensevelit la noblesse au fond des orgueils en guerre, dans une cupidité immonde, l’angoisse s’habillerait en ombre, la peur réveillerait l’hydre des ténèbres. Elles secoueraient les vanités jusqu’à les dénuder de l’enveloppe humaine. Nues, elles se glisseraient sous l’univers. Le monde serait jonché d’hommes sages enterrant l’effroi sous leur éclat. La terre tournerait à nouveau de joie.

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Commentaires

  • Toujours vif et enchanteur. Bravo

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