Réflexions (III): le racisme

A mon humble avis, si le racisme se définit principalement par la détestation arbitraire d’un non-moi perçu à travers la couleur d’une peau, la religion, la nationalité, bref, par tout ce qui est perçu à travers le prisme des différences culturelles ou physiques, l’étiquetage d’un groupe d’individus en fonction des critères précités, si cela est inoffensif au départ, risque de devenir virulent lorsque proféré sur la place publique il infecte l’esprit de maintes gens. En effet, nombre de personnes pourraient alors avoir tendance à mettre une vilenie individuelle sur le compte de tout un groupe ethnique, par exemple.

Je suis donc profondément scandalisé par le « courrier Picard » qui le 26 janvier dernier titrait en première page « Alerte jaune » et intitulait l’éditorial consacré au coronavirus  « Péril jaune ».

Certes, le journal, face aux indignations d’internautes sur les réseaux sociaux, s’est après coup justifié (déjà, quand on doit se justifier, c'est déjà le signe que l'on a des choses à se reprocher), je cite :  Le point d’interrogation placé juste après les mots « péril jaune » marque une forme de distanciation face à ce terme, puis il ajoute qu’il a voulu  relativiser justement l’éventuelle panique irrationnelle pouvant se répandre après l’apparition des premiers cas en France . Quant à l’emploi de l’expression « Alerte jaune », le quotidien poursuit qu’il  était à prendre au sens colorimétrique, à savoir dans une gradation du jaune au rouge. A l’image des alertes météo allant du vert au rouge en passant par le jaune et l’orange. Il voulait par ce biais, poursuit le journal, signifier qu’il ne fallait pas surréagir à cette épidémie.

Pourtant, l'emploi des deux termes « alerte jaune » et « péril jaune » ne peut aucunement se justifier. Pour la bonne raison qu'ils --- surtout cette dernière qui appuient plus lourdement sur le danger raciste --- auraient pu engendrer la méfiance et la haine racistes dans l'esprit de certains qui auraient pris ces deux expressions au premier degré. Pas tout le monde peut avoir lu les explications fournies après coup par le journal. Un quotidien diffusé sur la place publique est tenu manier le verbe avec précaution.

Il conviendrait de se mettre en tête que si la Chine aurait fauté parce qu'elle aurait propagé le coronavirus ou n'aurait pas alerté le monde à temps du danger, c’est uniquement le régime ou leurs dirigeants qui devraient être mis en accusation et non le peuple, et d’autant moins les gens aux peaux jaunes. Aucun médias ne peut ne pas savoir que le maniement d’étiquettes et de stéréotypes verbales sur la place publique peuvent provoquer l’impensable, cette horreur que l’on ne maîtrise plus. La Shoah en a été l’exemple frappant.

Et je terminerais par ces deux formules : 1) Si la cartouche contient la charge d’une arme à feu, la bouche et la plume, elles, peuvent renfermer les explosifs d’un dispositif froid. 2) Si la parole est d'argent, mais le silence est d'or, parler, écrire, à bon escient, sont des trésors de bon sens.

https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2704551-20200127-courrier-picard-excuse-apres-jugee-raciste

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.