S'aimer autrement

 

2488c438c7a629a190fb91c7a939ee82.jpg

Aux brumes d’un désespoir il se souvient

Dans un brouillard de misère elle se rappelle

Il enlace son sourire

Elle caresse sa sympathie

Mais la passion ne les effleure pas

 

Il ne perçoit pas sa plastique

Elle ne saisit pas sa beauté

La volupté s’épanche des yeux de la belle

Un air lascif enrobe la voix du bonhomme

Les deux cheminent dans la tendresse

L’homme et la femme promènent l’affection

Au grand dam de l’amour

 

Le corps garde ses distances

L’esprit érige ses barrières

Le malheur unit l’homme et la femme

Ils se complaisent dans leurs misères

La clabauderie les soude

Les cancans engourdissent leurs peines

Le babillage les entraîne

Au pays du futile ils deviennent complices

L’art les emmène

L’esthétique les transporte

La grâce s’accorde à leur amitié

Mais le désir ne s’invitera pas

 

Ses narines vibrent d’émotion

Ses joues rougissent de plaisir

Les deux décorent un estaminet

Ils fleurissent une rue

Leur entente est une rose sans épines

Leur bonne intelligence est un fruit sans pépin

Mais ils n’ont l’un pour l’autre aucun béguin

 

Il lui ouvre ses portes intimes

Elle lui dévoile son secret

Les deux jettent leur masque

Leur âme nue se couvre de sentiments

Ensemble ils s’élèvent et se rient de l’éphémère

Leurs jours heureux plein de soleil

Leurs quotidiens gris où pleut l’ennui

Se mélangent et forment un bel arc-en ciel

Qui ne disparaîtra qu’à la nuit éternelle

David Frenkel

(Illustration De Plume en Plume)

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • « Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape la souris ! »

    La formule de ce bon vieux Deng a fait fortune. En l’occurrence, les deux artistes de l’illustration en pleine sieste et tendrement enlacés, semblent encore bien tendres pour jouer les matadors de la gent murine…

    Sur votre poème : dans la forme, vous vous êtes libéré des contraintes classiques, métrique libre, abandon de la rime sauf à une ou deux exceptions (pas des moindres d’ailleurs). Les vers libres vous laissent plus de liberté, de spontanéité, vous évitant l’ornière de la « mirlitonade », si j’ose dire. Encore que « le vers de mirliton est un art distingué et subtil, qui permet de passer pour un crétin aux yeux des imbéciles ». Aphorisme d’origine belge, on peut toujours se rassurer.

    Sur le fond, comme tout poème en fin de compte, ou de conte si l'on préfère, il est question d’amour, inavoué, secret même avant qu’il ne se révèle au cœur des protagonistes, cette sorte d’amitié tendre qui s’épanouit quand tombent les masques…
    C’est bien amené, pas de coup de foudre assassin, mais l’apprivoisement mutuel, la découverte progressive de l’autre, de ses goûts, de ses valeurs, avant l’accord des harmonies, les moitiés d’orange ressoudées l’espace d’un instant.

    Petit bémol, mais je suis un schnock cynique : conclusion chimérique, le temps à l’amour n’a jamais fait de bien, l’éternité, faut laisser cela aux théologiens.

    Belle journée, petit poète.

  • Merci Gislebert pour avoir pris le temps de me rédiger le commentaire. Bonne journée à vous aussi.

  • ?
    Quand même! L'amour dans la chute du poème....?

    PS: La photo? J'ADORRRRE!

  • Une belle amitié très pure, dans laquelle la tendre a remplacé l'érotisme, merci David !

Les commentaires sont fermés.